L'évolution du cinéma après Mai 68
Libre, c’est-ce que se veut l’époque post-soixante-huitarde au cinéma. Scénaristes et réalisateurs oublient les règles de bienséance qu’ils s ‘étaient jusque-là fixées au profit de la réalité de leur temps. Ils engagent leur film dans les grandes causes défendues en mai 1968, ils deviennent auteurs, militants et rassembleurs.
1968, tournant dans l’Histoire du cinéma français. Fini le cinéma lisse et formaté des années soixante, la Nouvelle Vague des Doillon, Blier, Eustache et autres compères va mettre fin au règne des tabous. Le format 16mm et la vidéo facilitent, il faut le dire, beaucoup les prises de vue. Alors on va filmer, tout et rien, ce qui ne va pas, ce qu’on ne montrait pas. Les principales luttes de 1968 sont mises en image. Féminisme, crise du travail, politique et sexualité sont évoqués. Les scénaristes, devenus auteurs, filment ce qui les touche, ils s’engagent à travers pellicule et caméra.
1968, tournant dans l’Histoire du cinéma français. Fini le cinéma lisse et formaté des années soixante, la Nouvelle Vague des Doillon, Blier, Eustache et autres compères va mettre fin au règne des tabous. Le format 16mm et la vidéo facilitent, il faut le dire, beaucoup les prises de vue. Alors on va filmer, tout et rien, ce qui ne va pas, ce qu’on ne montrait pas. Les principales luttes de 1968 sont mises en image. Féminisme, crise du travail, politique et sexualité sont évoqués. Les scénaristes, devenus auteurs, filment ce qui les touche, ils s’engagent à travers pellicule et caméra.
La crise de la société
La France va mal, elle n’en peut plus de s’adonner au travail, de l’injustice social, des non-dits gouvernementaux
. Elle n’hésite plus à descendre dans la rue pour crier son ras-le-bol, elle veut voir la société changer. « On arrête tout et on recommence », disait un slogan de mai 68, et c’est-ce que va réaliser Jacques Doillon en 1972. L’An 01 met en scène des travailleurs qui en ont assez de leur quotidien rébarbatif, métro-boulot-dodo. Ils décident de cesser toute activité pour recommencer en ne reprenant que celles dont le manque semble intolérable. Refus de l‘autorité, amour libre, travail, vie en communauté et écologie, bref, tous les thèmes émergeants dans les années 1970 sont abordés. Le film sera d’ailleurs emblématique de la contestation amorcée en 1968, il le sera aussi pour le nombre d’acteurs qu’il a révélé, de Depardieu à Coluche en passant par la bande du Splendid. Autre grand film évoquant le malaise social, Passe ton bac d’abord qui s’attache au mal-être des jeunes. Pialat y filme sa troupe, à la limite du documentaire, pour montrer la réalité de la situation. Tourné dans le Pas-de-Calais en 1978, on y suit le quotidien de lycéens qui, à l’approche du bac, se demandent s’il est nécessaire de fournir des efforts pour finir au chômage, l’école n’étant plus un tremplin pour l’emploi. Les jeunes ont peur du lendemain, s’ennuient. Les cinéastes effectuent un simple constat, reflet véridique mais sombre de la société française. Ils tournent pour dénoncer. La réalité dépasse désormais la fiction dans leur scénario.La libération sexuelle
A côté de cela explose le cinéma pornographique, considéré aujourd’hui comme érotique. Le travail de libération sexuel amorcé en 1968 atteint son but. Le cinéma dépoussière toute une génération assujettie au puritanisme en
banalisant nudité et sexe. Emmanuelle, premier vrai film érotique français, attirera jusqu’à 9 millions de spectateurs dans les salles en 1973. Just Jaeckin devient le réalisateur Français à connaître le plus grand succès à l’étranger. Le nombre de salles spécialisées dans le pornographique passe de 15 à 111 entre 1972 et 1976, preuve que l’évolution des mœurs est présente. L‘année 1974 sort Les Valseuses, pourtant considéré tout public, le film fait hurler les défenseurs de la morale. Bertrand Blier y met en scène deux hommes avides de sexe, libres qui suivent un des principes de 1968, « il est interdit d’interdire ». Sexe, insouciance et ennui sont les maîtres mots du film. Les dialogues sont crus, perte de virginité, harcèlement, et orgasme sont évoqués sans tabous. Les acteurs du film, Depardieu et Dewaere deviennent des icônes libertaires. Le film choque mais attire de nombreux spectateurs, ce qui signifie qu’il est possible d’évoquer le sujet sans être censuré. Cette évolution n’est pourtant pas sans effet sur la société. La Maman et la Putain de Jean Eustache montre la tristesse d’une certaine liberté sexuelle. Le film dresse un impitoyable état des mœurs affectives et sexuelles de l’époque. Mai 68 a tenté de réinventer les rapports amoureux en transformant le couple mais l’erreur a été de croire qu’un mot d’ordre « jouissez! » pouvaient réglementer les rapports affectifs. Eustache filme ce qui a été oublié, le trouble et les sentiments, qui se révèlent plus puissants que le désir.Le combat féministe
Le film présente aussi un autre thème récurrent des années 1970: le féminisme. La fem
me ne vit plus sous la coupe de l’homme, elle est libérée. Eustache soulève le problème de l’I.V.G. et du désespoir des femmes qui y sont confrontées. Le film, jugé réac par la génération 70 est finalement considéré aujourd’hui comme emblématique de la Nouvelle Vague. La rupture de Claude Chabrol en 1970, évoque lui aussi l’émancipation de la femme, battue par son mari et son combat pour obtenir la garde de son enfant. Agnès Varda, dans L’une chante, l’autre pas, représente, au travers l’amitié, la vie menée par deux jeunes filles dont l’une est mère de famille et l’autre milite pour le droit des femmes. Le cinéma s’attache à donner la parole aux femmes, il est une sorte de tribune.La levé
e des tabous politiquesA l’image de Louis Malle, les cinéastes se permettent également de lever les non-dits. Ainsi, dans son film Lacombe Lucien, il dénonce la collaboration française au travers un personnage simple qui, après avoir essuyé un refus dans le maquis, rejoint les rangs de la Gestapo. Le film fait un tollé, le public se dit horrifié. A l’heure où le Parti Communiste de Marchais monte en puissance, un autre non-dit est révélé dans L’aveu de Costa-gravas. Yves Montand et Simone Signoret, tous deux connus pour leurs convictions communistes, acceptent de dénoncer les exaltions staliniennes et la réalité des régimes autoritaires de l’est. Au contraire des dénonciations, certains cinéastes, comme Godard mettent entièrement leur film au service de cellules de gauche telle que Dziga Vertov, ils reviennent sur les thèses gauchistes, maoïstes et trotskistes, très en vogue à l’époque.
Mai 68 a eu un impact important sur la génération de cinéastes post-soixante-huit, et il continue toujours de marquer leur travail. Philippe Garrel en est d’ailleurs un exemple éloquent puisqu’en 2005, il met en scène les évènements de mai d’une façon lente et détaillée, dans son film les Amants Réguliers.
Margaud Déclemy
Références:
Ford Charles, Histoire du cinéma français contemporain, France-Empire, 1981
Muller Jurgen, Films des années 70, Taschen, 2003
Desmarteau Claudine, Mes années 70, Panama, 2008
www.gerardcourant.com
www.wikipedia.com
www.cinéma.chez-alice.fr
www.cahiersducinema.com
www.lemonde.fr
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Ford Charles, Histoire du cinéma français contemporain, France-Empire, 1981
Muller Jurgen, Films des années 70, Taschen, 2003
Desmarteau Claudine, Mes années 70, Panama, 2008
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